Ruptures, continuités et pluridisciplinarités D’un travail de Master II à celui de thèse

Doctoriales Rouen- octobre 2015

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A travers cette intervention, il s’agit de voir l’évolution d’un travail de recherche de Master II à celui d’une thèse de doctorat.
Ainsi, le premier temps aux origines du travail de thèse, l’utilisation de l’Histoire, du passé pour expliquer/comprendre le présent qui sera exposé dans la seconde partie. Enfin, nous verrons qu’une difficulté dans le traitement de la l »enseignement des enfants étranger réside dans le fait que c’est une question socialement vive.

1. Origines et cadres (temporels et géographiques) de la thèse
a) Genèse du travail
Dans mon mémoire de Master II intitulé L’immigration à l’école primaire, s’approprier une histoire, j’évoquais la naissance des classes spécifiques pour enfants d’immigrés (Elco (enseignements langues et cultures d’origines) Clin (classes d’initiation)…) Toutefois, ces structures apparues dans les années 1970 après les vagues migratoires venues du Portugal et du Maghreb, ne sont en rien une nouveauté.
Effectivement ces classes sont largement inspirées de structures déjà instaurées entre 1919 et 1939 pour les enfants Polonais, Russes ou Italiens. D’ailleurs, la circulaire du 30 mars 1976 qui définit la mission et le rôle des ELCO reprend largement la circulaire du 12 juillet 1939 consacrée aux rôles et missions des moniteurs étrangers.

b) Les cadres du sujet de thèse
Mon travail s’intéresse désormais aux origines de ces classes. Le cadre de cette thèse a été fixé dans l’espace : celui industriel des Mines de Soumont Saint-Quentin et de la Société métallurgique de Normandie (même entité) et caractérisé par une forte politique paternaliste (écoles et « classes » en langue d’origine pour enfants d’immigrés, associations (fanfare, équipes de foot françaises et polonaises) habitations (un rapport de conseils donnés par Hottenger concernant les mesures à prendre pour la construction des habitats et des cités ouvrières) est d’ailleurs conservé aux archives départementales du Calvados).
Ce travail est aussi cadré dans le temps (1919-1939), époque qui correspond à l’expansion de cet espace industriel (entre autre chemin de fer reliant les deux entreprises inauguré en 1921) et aux arrivées massives d’ouvriers immigrés Polonais, Russes, Italiens …

Partie II « Le métier d’historien » (Marc Bloch) ou l’utilisation du passé pour expliquer le présent.
a) L’apport de March Bloch (et complément de Mialaret)
Pour expliquer l’idée de travailler sur les ELCO en adoptant une posture « historique » nous pouvons ici solliciter les travaux de Marc Bloch (entre autre son Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien) et l’idée d’utiliser et comprendre le passé pour expliquer et comprendre le présent. Comme l’écrivait l’historien résistant :
« Celui qui voudrait s’en tenir au présent, à l’actuel, ne comprendra pas l’actuel »
et de préciser que :
« L’incompréhension du présent nait fatalement de l’ignorance du passé. Mais il n’est peut-être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé, si l’on ne sait rien du présent »
Ce travail de recherche sur les structures scolaires pour enfants polonais s’inscrit aussi dans cette perspective. L’étude de ces classes polonaises instituées en majorité entre 1919 et 1939 permet aussi de comprendre et apporter des précisions sur les origines des enseignements en langue et culture d’origine.

« On a coupé les enfants de la nature »

Bloch
Marc Bloch

b) Complément de Mialaret
Et comme l’écrit Gaston Mialaret « Répondant à l’affirmation d’Auguste Comte selon laquelle un processus ne peut être compris que par son histoire, il est possible d’affirmer qu’un essai d’explication des systèmes et des méthodes qui négligerait complètement les dimensions historiques serait voué à l’échec »
Mialaret ajoute : « L’histoire de l’éducation nous permet alors de comprendre l’évolution, les processus de changement, les étapes, les accélérations, les ralentissements, et nous permet de faire un bilan plus clair et surtout plus intelligible de la situation d’éducation actuelle. Elle nous apporte aussi, par les comparaisons qu’elle va permettre, des éléments de réflexion et de compréhension indispensables à la culture générale de l’éducateur »
Travailler sur l’origine des enseignements en langues et cultures d’origines permet effectivement de rendre plus « intelligible » (pour reprendre le terme de Mialaret) la situation actuelle et éventuellement, d’effectuer des analogies (ce que je ne fais pas dans mon travail qui se limite aux origines mais qui pourrait éventuellement être pensé).

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Gaston Mialaret

Partie III L’enseignement des enfants étrangers, une question socialement vive.
a) La perspective historique
L’intérêt d’opter pour cette perspective davantage historique est double : d’une part, j’avais une source archivistique très importante conservée aux Archives départementales du Calvados sur lequel j’ai pu baser mon travail de recherche et lui fournir une assise solide. D’autre part, le thème de l’immigration et celui des ELCO reste une question socialement vive, ce qui ne facilite pas forcément le travail (entre autre celui de terrain). Je vais à nouveau faire référence à Gaston Mialaret qui écrivait à propos des objets de recherche :
« Les uns sont « stables » ou relativement stables (documents historiques par exemple, structure institutionnelle à un moment donné de l’histoire d’un pays, par exemple) d’autres sont essentiellement mouvants » .
Cette question des Elco abordée dans le présent se révélait être « mouvante » pour reprendre le terme de Mialaret et aborder le sujet de façon purement historique permet d’éviter les écueils – liées à une question vive sur un sujet brulant.

b) Une question socialement vive
A ce titre, nous avons pu voir au printemps dernier dans les médias et dans la sphère politique une remise en cause des ELCO. Par exemple :
– « Langues et cultures d’origine » à l’école : des voix s’élèvent pour demander leur suppression » RTL.fr du 5 mars 2015
– « L’enseignement des langues étrangères à l’école : le risque du communautarisme » Le Figaro.fr du 2 mars 2015

Nous pouvons aussi citer le rapport du député Jacques Grosperrin (Les Républicains) déposé le 1er juillet dernier qui consacre un chapitre aux ELCO intitulé Les ELCO (enseignements de langue et culture d’origine), un dispositif contre-productif et propice aux dérives .
Cet objet d’étude, les ELCO reste aussi objet de méfiances, de crispations sociétales … Traiter les origines de ces structures permet d’éviter les écueils liés à ce sujet, d’éloigner les tensions ou idéologies qui pourraient venir parasiter ce sujet s’il était traité dans le présent.

Conclusion
Pour conclure brièvement, je voudrais une dernière fois emprunter des paroles à Gaston Mialaret qui écrivait : « L’histoire n’est donc pas un simple regard jeté sur le passé ; elle peut être un des outils puissants de la compréhension du présent et appartient ainsi de droit à la famille des sciences de l’éducation »