La fenêtre

Par OLGA TOKARCZUK

Copyright © Olga Tokarczuk 2020

Par ma fenêtre, je vois un mûrier blanc. C’est un arbre qui me fascine. Il est l’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi d’habiter là. Le mûrier est une plante généreuse. Tout au long du printemps et de l’été, il nourrit des dizaines de familles d’oiseaux avec son fruit suave et comestible. Là, il n’a pas de feuilles, j’aperçois donc un bout de la rue silencieuse où passe rarement quelqu’un qui se rend au parc. A Wroclaw, le temps est quasiment estival, le soleil brille, éblouissant, le ciel est bleu, l’air est pur. Aujourd’hui, en allant promener mon chien, j’ai vu deux pies chasser de leur nid une chouette. Nous nous sommes regardées droit dans les yeux, la chouette et moi, à 1 mètre à peine de distance. J’ai l’impression que les animaux sont également dans l’attente de ce qui va arriver. Pour moi, depuis longtemps déjà, le monde était dans le trop. Excès de choses, excès de vitesse, excès de bruit. Aussi, le «traumatisme de l’isolement» ne m’affecte pas, je ne souffre pas de ne plus rencontrer de gens. Je ne regrette pas qu’aient été fermés les cinémas, il m’est indifférent que les galeries marchandes soient inaccessibles. En revanche, je m’inquiète quand je songe à tous ceux qui ont perdu leur travail. Quand j’ai appris la mise en place d’une quarantaine préventive, j’ai ressenti une sorte de soulagement, et je sais que nombre de personnes éprouvent la même chose, même si elles en ont honte. Mon introversion, longtemps étouffée et maltraitée par le diktat des extravertis hyperactifs, s’est secouée pour sortir du placard.

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