Michel Wieviorka, Le Front national entre extrémisme, populisme et démocratie.

Recension parue dans la revue Migrance N°42 – 2013

Michel Wieviorka, Le Front national entre extrémisme, populisme et démocratie, Collection interventions, Editions de la maison des Sciences de l’homme, Paris, 2013.

Dans ce petit ouvrage, Michel Wieviorka analyse l’évolution du Front national et se penche sur le fait que ce parti s’installe durablement (depuis 1972) dans le jeu politique français et oscille invariablement entre extrémisme, populisme et démocratie. Wieviorka propose une analyse en lien avec les évolutions sociales, politiques, économiques et culturelles. A travers ce livre, nous pouvons aussi voir quelle place a le fait migratoire au cours du temps dans la logique du Front national.

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Le premier chapitre est consacré aux origines du Front national qui voit le jour en 1972 dans un contexte où le fait migratoire tend à changer. Wieviorka note que la main d’œuvre immigrée (très souvent non qualifiée) appelée à reconstruire dans la France d’après-guerre cesse d’être nécessaire à la production après le choc pétrolier de 1973, plus encore dans un pays où le chômage fait son apparition. L’immigration jusqu’alors solution est désormais traitée sous le prisme du « problème ». Au cours de cette décennie, l’image de l’immigré change. On passe effectivement d’une logique d’immigration de travail à celle de peuplement à l a faveur du regroupement familial voté en 1976. Dans ce contexte de crise et en proie à ces mutations, Français et immigrés sont désormais appelés à bien vivre ensemble avec leurs différences et leurs similitudes.
Wieviorka rappelle que les membres de la Nouvelle Droite de l’époque alimentent l’idéologie du FN et évoquent un racisme « différentialiste » qui « entend marquer le caractère irréductible des différences culturelles ou religieuses des Arabes ou des musulmans accusés de ne jamais pouvoir s’intégrer ». C’est aussi à cette époque que l’amalgame entre immigrés et enfants d’immigrés et insécurité est véhiculé (entre autre, par l’extrême droite).

Dans la seconde partie, Michel Wieviorka constate qu’au cours des années 2000, l’immigration change, se mondialise et se diversifie. Nous ne sommes plus dans une logique de « grands flux » comme l’ont pu l’être les Polonais et Italiens des années 1920 ou Maghrébins et Portugais des années 1960. L’immigration de cette fin de XXème siècle, c’est aussi l’image des hommes du camp de Sangatte (Nord Pas-de-Calais) venus de pays en conflits (Afghanistan, Irak…) qui ne visent pas l’installation en France mais le passage vers l’ Angleterre. Politiquement, la fin des années 2000 marque une baisse du FN (entre autre en 2007 et 2008) qui semble avoir du mal à se renouveler sur les questions d’immigration et subit la logique de « droite décomplexée » du candidat puis Président Sarkozy qui tend à un équilibre entre démarcation avec le Front national (par le biais de politique de « discrimination positive », volonté d’introduire le mot « diversité » dans la Constitution…) et rapprochement avec les idées du FN (création d’un Ministère de l’identité nationale, attaque contre les Roms discours de Grenoble, remise en cause du multiculturalisme …)

Michel Wieviorka constate ensuite l’avènement de ce qu’il nomme « le deuxième FN » qui s’adressant alors aux « oubliés » et « invisibles » opère quelques transformations idéologiques comme l’abandon de l’antisémitisme ou de l’anticommunisme, la tentative d’investir le terrain syndical … Un parti qui comme l’indique un sous-titre, tend à se transformer … en restant soi-même. Il en va ainsi concernant sa logique de défense de la Nation, d’identité nationale, et de lutte contre l’immigration. Pour le FN, l’immigration reste mère de tous les problèmes du pays et de tous les fantasmes (dont celui de « l’invasion » ou de « l’appel d’air ») comme l’atteste cette citation de Marine Le Pen en 2011 rapportée dans cet ouvrage : l’immigration en France « est volontairement accélérée dans un processus fou dont on se demande s’il n’a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française »….ou de tous les fantasmes (« une nouvelle vague migratoire gigantesque fuyant le chaos politique et économique de l’Afrique et notamment du Maghreb » (p52) Si l’on assiste à un léger changement sur la forme, entre autre rhétorique, en n’évoquant plus « la préférence nationale » mais la « priorité nationale », sur le fond, les solutions proposées par ce « deuxième FN » ne diffèrent guère du « premier FN » : suppression du droit du sol, retour « au pays » des chômeurs étrangers, privation d’aides sociales …

Enfin, Michel Wieviorka a le mérite de mettre en lumière le fait que, malgré l’entreprise de « dédiabolisation » et s’il existe des changements de thèmes entre le « premier FN » et le « deuxième FN », « L’immigration reste la valeur la plus sûre de son argumentation » (P.72) depuis trente ans en dépit des transformations sociétales, évolutions et transformations du fait migratoire.

Auteur : JL Sochacki

SOCHACKI JL - Docteur en sciences de l'éducation, enseignant en lettres-Histoire-géographie & EMC et conférencier. Après un mémoire de Master II en Sciences de l'éducation consacré à L'enseignement du fait migratoire au cycle III, ce travail a été prolongé en Doctorat où j'ai continué à explorer les liens entre éducation et immigration à travers l'étude des classes pour enfants d'immigrés dans entre 1919 et 1939 dans le Calvados.

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