La place du moniteur dans une communauté Polonaise en France (Potigny) 1926-1932

Colloque international, Éducation et identités : perspectives historiques

22-23 mars 2013 – Site universitaire de Gennevilliers de l’Université Cergy-Pontoise 

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Au lendemain de la Première guerre mondiale, la France comptait ses morts tandis qu’en Pologne, la population ne cessait d’augmenter. La population rurale passait de 4.8 millions d’habitants en 1860 à 13 millions en 1913. Janine Ponty relève qu’au « surpeuplement des campagnes, s’ajoute l’engorgement des villes qui, malgré l’existence d’activités industrielles, ne peuvent fournir du travail à tout le monde  » Dans les campagnes, « la surpopulation rurale oblige des familles très nombreuses à vivre sur de minuscules parcelles qui ne fournissent pas du travail à chacun » . C’est dans ce contexte qu’en 1919, une convention d’émigration/immigration est signée entre la France et la Pologne afin de faciliter l’arrivée massive d’ouvriers.
Nous évoquerons ici le village de Potigny (au sud de Caen) voisin de Soumont-Saint-Quentin qui possède une mine de fer et qui sera à l’origine de la venue de ces Polonais. Au recensement de 1926, ils sont ainsi 383 sur une population de 1731 habitants et c’est à partir de ces années que Potigny va devenir la « Petite Varsovie » avec ses associations, son prêtre et son ‘moniteur’ nommé par le Consulat de Pologne et choisit par la direction de la mine de Soumont. En 1931, Potigny se classe à la onzième position des vingt-quatre villages qui comptent plus d’habitants Polonais que de Français (1373 sur une population de 2742 habitants. )

I Une vie en vase clos. Maintien de la Polonité

1. Le moniteur polonais, vecteur du maintien de la polonité ou l’enjeu linguistique de la non assimilation.
La convention d’immigration/émigration de 1919 entre France et Pologne ne stipulait rien concernant l’éducation des enfants polonais en France. Dans l’optique d’un retour prochain et probable au pays, il convenait de maintenir la polonité et cela passait par un apprentissage de la langue d’origine mais aussi de l’Histoire et de la géographie de la Pologne. Si les Polonais envoient leurs enfants à l’école publique française, il est ici intéressant de noter qu’à l’époque ils ne souhaitent pas s’intégrer complètement. L’idée du provisoire est très présente dans les esprits.
Ainsi, Janine Ponty a relevé des cas de cours de polonais mis en place dès le début des années 1920 (hors de tout contrôle de l’État français). Par exemple, à Knutange (complexe sidérurgique proche de Thionville) un cours est instauré en 1922. La même année, les mines d’Ostricourt prennent en charge ce type d’enseignement pour les enfants d’ouvriers immigrés (mise à disposition de locaux et recrutement de deux moniteurs) En 1923, les polonais de Ronchamp (Haute-Saône) « demandent et obtiennent un arrêté ministériel leur permettant d’ouvrir un cour de langue pour leurs enfants « .

2. La question scolaire polonaise en France ou le résultat d’un compromis.
En 1924, la question de l’ouverture de cours de langue et culture d’origine pour les enfants d’immigrés est soulevée lors de la Conférence franco polonaise qui se tient à Paris. Les autorités françaises refusent de légiférer et d’institutionnaliser ces enseignements mais « pour ne pas heurter de front le partenaire polonais », le Comité central des houillères françaises par l’intermédiaire d’Henri de Peyerimhoff rédige une lettre où il invite les employeurs à mettre en œuvre ce type de leçon selon deux façons :
a) soit dans les écoles publiques, en supportant les frais de l’enseignement complémentaire qui pourrait être institué.
b) soit, lorsque l’effectif des enfants polonais le justifiera, en ouvrant, au fur et à mesure des besoins, des écoles privées où sera assuré, sous la surveillance des autorités académiques françaises et dans le cadre du programme scolaire normal, le même enseignement complété, s’il y a lieu, pour les jeunes enfants qui n’auraient pas encore les notions suffisantes de la langue française, par l’enseignement d’autres matières en polonais ».
A travers le financement par le Comité central des houillères des cours de langues étrangères aux enfants d’immigrés dans les écoles publiques, il s’agit d’une entorse au principe de non-différentiation au sein de l’école Républicaine et à l’idée d’un élève « neutre ». L’origine nationale de l’élève est alors prise en considération.

3. Les premiers textes officiels
A la suite de ces mises en place de cours de langue pour enfants d’étrangers, le Ministère français de l’Instruction prend ses responsabilités concernant cette question et publie plusieurs circulaires. Entre autre celle du 30 juin 1924 qui indique la possibilité d’accueillir des « moniteurs » qui apprendraient la langue maternelle des enfants immigrés. Celle du 21 décembre 1925 rappelle la possibilité d’assurer l’enseignement d’une langue étrangère dans les écoles publiques après les heures de classes régulières et dans les écoles privées, la possibilité d’intervention en langue étrangère de maîtres étrangers sous l’autorité de maîtres français pendant le temps scolaire (dans les limites de la moitié du temps). Enfin suivront celles du 13 décembre 1927 et du 28 mars 1929.
Le 12 juillet 1939, une circulaire de synthèse (rappel des circulaires de 1925, 1927 et 1929) concernant les moniteurs étrangers et conditions d’ouverture des cours de langues étrangères sera publiée. Ce sont ces quatre circulaires, qui seront reprises à l’origine des classes ELCO (enseignement langues et cultures d’origines)

II Le cas Potigny

1. Naissance de la petite « Varsovie’
L’année 1926 est marquée par l’arrivée de Polonais à Potigny appelés pour travailler dans les mines de fer de la commune voisine de Soumont (Société des mines de Soumont). Dès cette année, une communauté forte et bien structurée se met en place.
D’une part, cela est facilité par la direction de la mine qui met tout en œuvre pour que les nouveaux venus se sentent « comme chez eux ». Si aucune politique préalable concernant l’installation d’une communauté étrangère n’est pensée ou anticipée dans l’esprit de la direction de la mine, cette dernière accepte les (nombreuses) requêtes émanant de la communauté Polonaise afin d’éviter les conflits avec cet important contingent de travailleurs mais aussi pour stabiliser une main-oeuvre.
D’autre part, le Consulat mène une politique active qui vise à entretenir l’amour de la patrie dans l’espoir d’un rapide retour au pays. Les Polonais ne comptent certainement pas passer leurs vies en France alors le maintien du sentiment national, de la Polonité s’avère essentiel.
A Potigny, cette polonité s’affiche à travers une vie communautaire très fermée. Tout d’abord, une donnée démographique est significative de ce cloisonnement : on ne dénombre que 5 mariages mixtes français-polonais entre 1926 et 1932. Ensuite, donnée « géographique » les Polonais habitent à l’écart, à l’ouest du village. Enfin, donnée linguistique, ils ne parlent pas français et en voient pas l’intérêt de l’apprendre. Si les enfants fréquentent l’école française, les parents craignent la perte de la langue maternelle, c’est pourquoi nombre de petits polonais assistent aux cours donnés par le moniteur, qui va alors être un personnage important de la communauté car il permet d’apprendre et maintenir la langue d’origine et symbolise le lien entre pays d’origine et pays d’accueil.

2. Une école Polonaise
On retrouve les premières traces de la présence d’un moniteur polonais à Potigny dès 1926. Cet enseignement est privé car il est instauré par la direction de la compagnie des mines de Soumont à la demande des parents polonais . Il joue pleinement ce rôle de maintien de la polonité des enfants de dans l’optique d’un retour prochain au pays. D’ailleurs, lors d’une réunion publique de la communauté de Potigny en 1929, le prêtre signalait que [je cite] « parmi les Polonais qui ont beaucoup d’enfants à Potigny, un instituteur polonais est nécessaire, car nous risquons de perdre ces enfants de notre patrie, ils ne parlent presque plus notre langue, ils deviennent tout à fait français. Rencontrant des enfants dans Potigny en voulant les réconforter en parlant de la patrie et de religion, c’est à peine s’ils pouvaient me répondre et ne savaient même pas prononcer le mot dieu dans leur langue maternelle. Cela m’inquiète et je demande à l’assistance de signer une pétition pour faire venir un instituteur polonais » .
Le moniteur apprend l’histoire et la géographie de la Pologne ainsi que la langue . Il est salarié de la mine et enseigne dans des locaux fournis par cette dernière. Les heures de cours ont lieu soit le matin avant ou le soir après l’école ‘communale’ publique. Des heures de cours ont aussi lieu parfois le jeudi matin.
Concernant les rapports entre ces classes et l’administration scolaire locale (inspecteur d’Académie, le Rectorat…) nous n’avons peu de traces dans les archives et les abondantes correspondances. Les seuls échanges archivés entre la mine et le rectorat sont datés de 1942 et 1943 lorsque le rectorat indique que les cours de polonais ne sont plus autorisés.

3. Une via associative très active
A Potigny, la vie communautaire fermée passe par les structures associatives. Nous pouvons évoquer les sokol (clubs de gymnastique, athlétisme…) ou les associations culturelles (comme la troupe de théâtre Le réveil). Même dans le cadre associatif, le moniteur doit aussi veiller à être respecté et respectable avec ses compatriotes de la communauté. Par exemple, lorsqu’un groupe d’ouvriers polonais met en place un sokol (groupe sportif de gymnastique et d’athlétisme) en 1932 et que le moniteur alors en place ne fait pas partie de la direction, touché dans son égo, il fonde un groupe sportif concurrent : la strzelce où l’on fait du tir et aussi…de la gymnastique .
Le moniteur a donc une place particulière dans cette communauté, une figure de notable et de ‘leader’. Il doit répondre aux attentes de la direction de la Compagnie d’une part, du consulat de Pologne d’autre part mais aussi des autres membres de la communauté polonaise de Potigny (et entre autre, de l’autre grande figure de la communauté : le prêtre).

III Le choix du moniteur ou un conflit significatif

De juillet 1929 à juillet 1931, un bras de fer oppose la direction de la mine et le Consulat de Pologne sur le mode de choix du moniteur, preuve que pour la direction de la mine comme le consulat, le moniteur est au centre des préoccupations. Pendant cette période, il n’y a aucun enseignant Polonais à Potigny. La correspondance conservée aux archives départementales du Calvados permet de retracer ce conflit.

1. Le temps des renvois inexpliqués
En octobre 1926, un moniteur de langue polonaise prend ses fonctions. Deux ans plus tard, en aout 1928, l’ambassade de Pologne notifie sans explications claires le licenciement du moniteur sans donner de motifs sur son renvoi. Six mois après, tandis que l’enseignement n’est plus assuré, l’Ambassade de Pologne annonce au directeur général de la compagnie des mines de Soumont que le moniteur ne peut assurer l’enseignement car il aurait été révoqué de ses fonctions par le Ministère de l’instruction publique de Varsovie et n’est plus reconnu comme instituteur. L’ambassade de Pologne propose alors d’envoyer un remplaçant « vu la nécessité pressante de régulariser la situation scolaire polonaise à Potigny »
Ce remplaçant (M. Mazur) prend son service à Potigny le 1 mai 1929 où il exerce ses fonctions jusque fin juillet. Mais à la rentrée d’octobre 1930, le moniteur est congédié par l’ambassade de Pologne qui, encore une fois, ne donne aucune explication. La direction de la mine en fait part à la Protection polonaise de Caen et signale : « Nous ne pouvons comprendre qu’un instituteur engagé et payé entièrement par notre société puisse être licencié sans que l’ambassade de Pologne nous ait fait part des griefs qu’elle pouvait présenter à son sujet et sans même nous tenir au courant de la décision qu’elle avait prise. » Fin octobre 1930, l’ambassade de Pologne informe le Directeur général de la Société des mines à Potigny : « J’ai été obligé de retirer M Mazur Zygmunt, instituteur polonais à Potigny, l’autorisation d’enseigner dont il jouissait l’an passé -avec votre accord- par suite des informations défavorables qui me sont parvenues à son sujet au commencement de cette année scolaire. Les conclusions des informations susmentionnées imposaient son congés à partir de la nouvelle année scolaire ». Plusieurs sources archivistiques indiquent que les  » informations défavorables » émanent du curé polonais de Potigny . Suite à cet incident, le consul Borkowski vient à la protection polonaise de Caen entre autre, pour évoquer cette affaire, mais il ne fournit pas d’explications. Devant cette situation, le conflit s’enlise et la direction de la mine se tourne alors vers la Société des houillères de France en lui demandant : «Quelle est la teneur des accords avec le gouvernement polonais concernant les instituteurs. Nous ne connaissons pas ces accords mais en l’espèce, nous considérons que le remplaçant, candidat présenté par l’Ambassade, engagé et payé par nous, est un véritable employé de notre société et que c’est à nous seuls qu’il appartient de prendre une sanction ou une mesure quelconque à son égard. Nous considérons qu’il ne doit y a avoir aucune relation directe entre l’ambassade et l’instituteur pour l’exercice de ses fonctions. Les communications de l’ambassade concernant le service de l’instituteur doivent passer sans exception par notre intermédiaire.
Si l’ambassade a des motifs de plainte à présenter, c’est à nous qu’elle doit les adresser et c’est à nous qu’il appartient de prendre les mesures utiles.
Nous serions heureux d’avoir des précisions sur l’attitude à prendre dans cette question et vous serions obligés de nous donner des renseignements nécessaires dans le plus court délai possible »

2. Une question de principe
Le 6 décembre 1930, la direction des mines de Soumont excédée par ces renvois de moniteurs sans explications hausse le ton et envoie un nouveau courrier au Comité central des houillères de France : « une question de principe se pose. L’instituteur Polonais est il un agent de l’ambassade, payé par elle, recevant directement d’elle ses instructions, exerçant ses fonctions dans l’école communale avec l’agrément de l’administration française, et dont les relations avec les sociétés minières sont du même ordre que les instituteurs publics français avec ces sociétés ? Ou bien l’instituteur polonais est il un agent de la société minière, choisi par elle sur une liste de candidats présentées par l’ambassade, payé par la société, recevant d’elle toutes les instructions et n’ayant pas de relation directe avec l’ambassade pour l’exercice de ses fonctions ?
Dans le premier cas, l’ambassade a évidemment le droit de prendre toute décision concernant le personnel instituteur sans en référer à la société minière.
Dans le second cas et c’est, à notre avis le nôtre, c’est à la société minière qu’il appartient de prendre à l’égard du personnel instituteur polonais les sanctions nécessaires. Si l’ambassade a des motifs de plaintes concernant ses fonctions de l’instituteur, elle doit les communiquer à la société minière a qui il appartient de faire connaitre à l’ambassade les résultats, est seul juge des décisions à prendre.
La direction des mines de Soumont insiste sur le fait que les plaintes à l’encontre de l’instituteur Polonais renvoyé et l’enquête de l’ambassade doivent être portées à connaissance. En attendant, la direction refuse de prendre un nouvel enseignant Polonais. « Il n’est pas possible de se contenter de vagues explications de l’ambassade et d’entériner en acceptant d’engager un autre instituteur » Répétant qu’il s’agit bel et bien ici d’une question de principe ».
La direction de la mine indique aussi que « l’imprécision qui règne souvent dans l’emploi de la main d’œuvre polonaise sur le rôle de l’ambassade et des diverses organisations qui y sont plus ou moins rattachées (instituteurs-curés-offices de protection polonaise…) est, vous le savez, fréquemment la cause d’empiétements et d’abus de la part de ces organismes sur lesquels il n’est pas nécessaire d’insister auprès de vous » Elles sont en tout cas, causes de frictions qu’il est désirable d’éviter. »
Le comité des houillères conscient d’être au centre de jeux d’influence et de pouvoirs concernant cette question indique qu’il est délicat de poser cette question de principe du statut des moniteurs et monitrices polonais. « Cette question n’apparait, en effet, susceptible d’aucune solution qui puisse satisfaire l’unanimité, et sa discussion risquerait de soulever de part et d’autre des oppositions difficiles à fléchir sans conséquences fâcheuses « 

3.Conciliation juin 1931 et fin du conflit
Il faut attendre le 19 juin 1931 pour qu’une conciliation soit organisée entre le Consulat polonais et la direction des Mines de Soumont. Au cours de cette entrevue, l’attaché au Consulat général de Pologne (Sigismond Olsztynski) présente des excuses et évoque le désir de reprendre moniteur à Soumont. La mine évoque alors la « condition qu’il soit choisi et engagé et payé par nous et soumis aux mêmes règles que nos employés et qu’il ne dépende que de nous  » et de préciser « qu’il n’aurait, relativement à son service, aucune relation directe avec l’Ambassade, le Consulat ou les organisations polonaises. Toutes les questions concernant l’enseignement de la langue polonaise ou les désidératas que pourraient avoir à formuler l’ambassade ou le consulat polonais au sujet de l’instituteur ou de l’enseignement, nous serait directement soumises et nous les examinerons nous-mêmes avec les autorités polonaises.
Le choix de l’instituteur serait fait par nous, soit parmi les candidats proposés par l’ambassade de Pologne, soit éventuellement parmi d’autres candidats que nous soumettrions à celle-ci par accord. »

En juillet 1931, un nouveau moniteur est employé pour donner des cours le lundi de 9-10H et de 15H30-16H30, le mardi (20H30-21H30) et le jeudi aux mêmes heures que le mardi. Mais le 21 juillet 1931, le nouveau moniteur n’a pas donné les cours qu’il aurait du donner sans prévenir sa hiérarchie. Une lettre du 22 juillet 1931 lui rappelle d’ailleurs ses obligations : « Nous vous rappelons qu’aux termes de votre lettre d’engagement, il est entendu que vous devez le même temps de service que les autres employés de notre société et qu’en dehors de ces cours nous pourrons vous employer à d’autres travaux à votre portée que nous jugerons utile, de manière à vous utiliser le plus complètement possible, dans les mêmes conditions que nos autres employés . Nous espérons qu’à l’avenir vous voudrez bien vous conformer aux instructions qui vous serons données » Le 24 juillet, le monteur explique par courrier qu’il est en vacances sans que la mine doive le paye. Il explique que cette période de vacances semblait convenue. Une note interne du 24 juillet souligne à deux reprises « la mauvaise volonté de cet employé » « décidé à travailler le moins possible ». En septembre 1931, le cas de ce moniteur remonte au Consulat de Pologne qui propose d’envoyer M Sigismond Olsztynski « visiter » le moniteur. Le 5 octobre, ce moniteur est démis de ses fonctions et rappelé de son poste de moniteur à Potigny.
Il faudra donc attendre l’automne 1931 et la nomination de Ladislas Ginter pour voir la situation se stabiliser puisque lui et sa femme Janina donneront des cours de polonais dans plusieurs villes du Calvados jusque dans les années 1990.

S’intéresser à la place du moniteur permet de constater qu’il avait une place beaucoup plus importante qu’un simple enseignant. D’un côté, il était agent du maintien de la polonité en France et garant de la politique très nationaliste voulue par le consulat/ambassade de Pologne et d’un autre côté, il assurait le contrôle de la communauté polonaise auprès de l’employeur (la direction de la mine).
Il est aussi intéressant de noter que contrairement à ce qui est aujourd’hui affirmé, les Polonais ne firent guère preuve d’une grande volonté à s’intégrer en France. L’idée du provisoire était bien présente dans les esprits, le retour espéré et le lien entre enfants (parfois nés en France) et Pologne ne devait pas être rompu. Cela passait alors par le maintien de la langue, l’apprentissage de l’Histoire du pays et tout cela personnalisé par le moniteur.
Aussi, l’étude de la place du moniteur permet de mettre en lumière que la communauté polonaise n’était pas homogène mais qu’elle était un lieu de luttes d’influences et divergences entre les différents leaders et acteurs (le curé, le moniteur et les autres membres de la communauté).
Enfin, il est pertinent de constater que ce système de ‘moniteurs’ et de cours de langues d’origines inspirera largement les ELCO, d’abord car les circulaires de ces années 1920 seront reprises lors de la création des ELCO ainsi que le mode de recrutement des enseignants (entre autre proposition des enseignants par les états d’origines).

BIBLIOGRAPHIE
J. Hopquin, La communauté polonaise de Potigny (1920-1960) mémoire de maîtrise sous la dir. de M. Etienne Fouilloux, Université de Caen Basse-Normandie, 1984, 154p.

J. Ponty, Polonais méconnus, Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 1988, 476 p.

Polonia, Des Polonais en France de 1830 à nos jours, Janine Ponty (dir.) Paris, Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Montag, 2011, 199 p.

M. Pottier, « Les étrangers en Basse-Normandie dans le premier vingtième siècle, une mémoire oubliée », Migrance, N°13, 1997

Archives départementales du Calvados – Fonds de la Société des Mines de Soumont (Don Billaux) – Dossier  » Affaires polonaises – installation de la communauté polonaise » (Côte 42J).